Les actions du groupe de travail Recherches

Le groupe de Travail « Recherche » de l’AFH a organisé récemment 2 événements pour permettre aux patients et à leurs proches une meilleure connaissance du monde de la recherche.

Le premier est le Stage « Tous chercheurs, à l’Ecole de l’ADN », une immersion de 3 jours au laboratoire Généthon de l’AFM/Téléthon à Evry pour se mettre dans la peau d’un chercheur et réaliser des expériences à la paillasse.

Le deuxième est une rencontre entre patients et chercheurs dans un laboratoire de recherche de l’Inserm pour comprendre le métier de chercheur, l’organisation d’un laboratoire de recherche et dialoguer avec les chercheurs.

Stage « Tous chercheurs, à l’école de l’ADN » par Coralie Duprat

Les 21,22,23 Mai 2019, s’est tenu le stage « Tous chercheurs, à l’école de l’ADN » à Évry en région parisienne pour une immersion dans les locaux du Généthon où 10 personnes avec des troubles rares de la coagulation s’y sont rencontrés.
Différents sujets ont été abordés concernant l’ADN, la cellule, la génétique de nos maladies (Maladie de Willebrand et l’Hémophilie principalement).
Le premier jour était ciblé sur la théorie pour se mettre ou remettre en tête la biologie du corps. Nous avons également vu notre ADN dans une éprouvette.
Le deuxième jour était principalement dédié à la pratique où nous avons fait des bactéries OGM ainsi qu’une électrophorèse pour identifier une mutation génétique.
Enfin le dernier jour, nous a permis d’aborder les sujets de diagnostics pré-implantatoire et prénatal. Nous avons aussi visité les laboratoires du Généthon ainsi que rencontré une chercheuse (Elena Barbon) pour lui poser des questions concernant la thérapie génique.
Ce stage nous a donc permis d’approfondir ou d’apprendre les bases de la biologie moléculaire ainsi que la génétique de nos troubles de la coagulation.

Rencontre avec les chercheurs de l’unité INSERM 1176 du Kremlin Bicêtre.

Cette journée, proposée et organisée par le Groupe de Travail Recherche de l’AFH, a permis aux patients, parents et grands-parents de patients, ainsi qu’aux chercheurs d’échanger autour des nouvelles molécules déjà disponibles ou disponibles dans un avenir supposé proche et d’appréhender l’organisation de la recherche à l’INSERM.

La prise de contact entre chercheurs et patients, le premier soir, autour d’un quizz et d’un repas a permis de faire le point sur nos connaissances des nouvelles molécules présentes ou à venir. Beaucoup de jeunes chercheurs côté unité INSERM.

Le lendemain, présentation de l’unité INSERM 1176 par Cécile Denis, directrice de l’unité.

Cette unité était initialement spécialisée dans la Maladie de Willebrand mais s’est ouverte plus généralement aux problèmes d’hémostase.

L’Unité 1176, Hémostase, Inflammation et Thrombose (HIT), a été créée en janvier 2015.

Elle résulte de la fusion de l’unité INSERM 770 précédemment dirigée par Cécile DENIS et de l’équipe d’accueil EA4531 dirigée par  Delphine BORGEL.

Une unité INSERM est évaluée tous les 5 ans et est recrée, avec un nouveau numéro. Si elle satisfait toujours les critères de sélection, la création se fait tous les 10 ans.

Les chercheurs et donc l’Unité, sont jugés sur le nombre et la qualité des publications qu’ils font dans des revues scientifiques prestigieuses, le nombre d’invitations dans des séminaires…. Ce qui implique aussi de ne pas divulguer d’informations trop importantes si les recherches peuvent déboucher sur un éventuel brevet.

L’image du chercheur fou, seul dans son laboratoire, est complètement dépassée et le chercheur se doit d’être aussi un très bon communiquant (création d’un réseau avec d’autres chercheurs, des patients, des associations, avec lesquels il peut échanger).

L’unité 1176 travaille avec l’Université de Paris Sud (Paris 11).

Puis 3 groupes de travail sont formés pour découvrir avec les chercheurs les expériences qu’ils nous ont préparées.

Premier atelier : Visualisation au microscope du facteur de Willebrand. Coloration de la cellule, du noyau et visualisation du facteur de Willebrand au sein d’une cellule endothéliale. Le facteur de Willebrand est présent dans le tissu endothélial qui tapisse le vaisseau sanguin et lors d’une lésion est libéré dans le sang. La molécule « se déploie » et permet de freiner les plaquettes qui sont présentes dans le sang permettant le début de la formation du clou plaquettaire.

Deuxième atelier : Fractionnement d’un facteur VIII.

Le facteur VIII est séparé par les chercheurs par regroupements de chaines d’acides aminés qui vont constituer des domaines fonctionnels.

On distingue ainsi les domaine A1, A2, puis B puis A3, C1, C2, domaines qui correspondent à une fonction bien précise du facteur VIII (portion du gène participant au lien avec le facteur de Willebrand, par exemple).

Troisième atelier : Présentation du temps de coagulation ou temps de céphaline activée (TCA) : permet de mesurer le temps que met le sang à coaguler. Mise dans des cupules de différents plasmas hémophiles, cupule contenant une bille permettant le brassage du plasma et installation dans une machine agitant ces échantillons et les chauffant à la température du corps humain. Ceci va permettre de mesurer le temps de formation du caillot de fibrine par rapport à un échantillon référence, temps mesuré par la machine jusqu’à l’immobilisation de la bille. Pas de coagulation si hémophile, la bille continue de bouger.

Quatrième atelier : mise en évidence de l’importance du facteur de Willebrand dans la coagulation.

En parallèle une présentation, fort instructive et divertissante, de l’hémophilie au cours des siècles, de sa détection aux différentes solutions très hétéroclites pour la soigner, par Peter LENTING.

Les diverses sources de financement de l’unité INSERM.

Le budget de l’unité 1176 attribué par le Ministère ayant pratiquement diminué de moitié entre 2016 et 2018, l’unité doit trouver d’autres sources de financement :

  • Contrat de prestation de service, qui permet de mettre à disposition d’un laboratoire le savoir-faire de l’unité dans la validation d’une recherche à un produit
  • Contrat de collaboration de recherche, ce qui implique de bien séparer les connaissances de chacun sous peine de piratage de travaux
  • Aide de fondations d’entreprises ou d’associations, comme le fait l’AFH, pour financer de nouveaux axes de recherche.

Présentation par Olivier Christophe du projet de recherche soutenu par l’AFH dans cette unité INSERM.

Ce projet joue sur les freins de la cascade de la coagulation, en essayant d’empêcher la destruction des facteurs de la coagulation.

Présentation de Hemlibra.

Cet anticorps monoclonal (emicizumab, Monoclonal Anti Body d’où le terminatif « mab ») se lie au facteur IX activé et au facteur X pour restaurer la fonction du facteur VIII activé. Les chercheurs ont utilisé la faculté que possède un anticorps, de par sa structure, de reconnaitre et de se lier à deux molécules (anticorps bispécifique).

Il a une durée de vie longue mais ne maintient dans l’organisme qu’un taux très modéré de facteur VIII, d’où la nécessité d’utiliser un autre facteur anti-hémophilique lors d’une opération chirurgicale.  Pour l’instant il n’est pas encore accessible pour les hémophiles sans inhibiteurs, les tractations financières sont en cours entre le laboratoire et le CEPS (Comité économique des produits de santé). L’emicizumab n’a pas de relation structurelle ni d’homologie de séquence avec le facteur VIII, par conséquent il n’induit pas ni ne favorise le développement d’inhibiteurs dirigés contre le facteur VIII.

Le temps de coagulation mesuré (TCA) pour les personnes sous Hemlibra nécessitera un protocole particulier.

Question des chercheurs aux patients ou aux proches des patients.

Olivier Christophe demande aux personnes présentes quel serait le degré d’acceptabilité du niveau du taux de facteur (VIII ou IX) en prévision de l’arrivée des nouveaux médicaments. Réponse quasi unanime : un taux qui permettrait de vivre correctement et sereinement. Pas sûr que nous soyons les plus qualifiés pour répondre à cette question.

Présentation des différents médicaments à durée de vie allongée, soit par modification chimique, soit par fusion avec une autre protéine, et enfin la future thérapie génique qui se profile, pluralité qui montre que les patients vont sans doute devoir choisir, avec leur médecin du CRC, vers quelle thérapie s’orienter dans les années à venir.

C’est là, l’intérêt de ces réunions proposées par le GT Recherche de l’AFH, afin de pouvoir choisir en connaissance de cause, avec son médecin, le traitement le plus approprié

Geneviève PIETU rappelle qu’avec la thérapie génique sera irréversible. ( pas de retour arrière possible).

A la question de l’éthique sur la modification des gènes, il est rappelé que la modification concerne seulement le gène des cellules génératrices du facteur, à savoir les cellules du foie en majorité, et qu’en aucune manière les cellules de la transmission héréditaire (cellules germinales) ne sont impactées. Toute transmission héréditaire par thérapie génique est formellement interdite en France.

Se pose quand même, pour les parents, le choix d’un traitement sur lequel l’enfant ne pourra revenir à sa majorité.

Tous les participants tombent d’accord sur le fait que, malgré la thérapie génique, les recherches « classiques » actuelles doivent continuer, ne serait-ce que pour la liberté de choix du patient qui n’accepterait pas la thérapie génique. Ceci rassure les chercheurs présents et qui travaillent sur des substituts aux facteurs anti-hémophiliques.

Un grand merci au GT Recherche de l’AFH et à l’unité INSERM 1176 pour l’organisation de ces deux (trop courtes) enrichissantes journées.

Jean-François et Véronique (parents d’un enfant hémophile A sévère).